C’est ce que l’on nomme un élevage autarcique. Complètement différent des élevages où tout est segmenté et où le risque sanitaire est plus élevé. Et ici, rien n’est perdu ! Tout est valorisé. Les carcasses sont cuites et décortiquées pour faire des rillettes. Leur ferme et ses produits trouvent leur place dans le paysage normand mais est remise en question en 2009 après la rupture d’anévrisme de Fabienne. Elle restera 3 mois au CHU de Caen… Olivier pense à cette époque arrêter l’exploitation. Mais le soutien d’amis le font poursuivre et aide Fabienne à sa sortie dans sa rééducation. A quelques années de la retraite, ils pensent que leur production n’est pas transmissible. « Il y a deux épées de Damoclès : le gavage et la grippe aviaire. » Ils pensent que leur ferme peut néanmoins intéresser des projets nécessitant peu de foncier comme le maraîchage…
« Nous, les volailles pas trop. »
Ils s’appellent Clément, Gabrielle et Lucien. Ils ont tous les trois été salariés en même temps au Lycée Agricole du Robillard et sont devenus amis. Ils ont fait une tentative d’installation en collectif sur une ferme l’année précédente en bovin-lait avec transfo qui n’a pas été concluante. Ils connaissaient la ferme de Livet mais n’étaient à cette époque pas intéressés pas la production. « Non ! Nous, les volailles pas trop ! » Pourtant en 2023, ils rencontrent à quelques kilomètres de là, une éleveuse de brebis laitière à la recherche d’associés. Sa ferme est trop petite pour accueillir le collectif mais réunie avec la ferme de Livet, peut être suffisante. Le projet émerge. Le contrat de parrainage démarre sur les deux fermes mais assez rapidement s’interrompt sur la ferme voisine. Le collectif décide avec les cédants de continuer le projet d’installation sur la ferme de Livet. Ils ont « un coup de cœur pour la philosophie de la ferme, la façon de penser et de produire. »
Même si Olivier et Fabienne avaient l’équivalent de 3,2 UTH avant de réduire l’activité, le défi va être de dégager 3 rémunérations. Clément va ramener ses 50 brebis viande et leur suite. L’objectif sera d’en avoir 60. Pour Olivier, il faut qu’ils fassent 200 000 € de chiffre d’affaires à 3 associés sachant que 70 % du chiffre d’affaires est réalisé sur les deux derniers mois de l’année. « Tu nous fais peur ». rétorque Gabrielle. « Je préfère te faire peur toute suite que de te voir l’année prochaine en difficulté » Olivier sait de quoi il parle, lui qui consacre une partie de son temps libre depuis plusieurs années à l’association Solidarité Paysans. Il vient d’ailleurs de laisser son poste de président au niveau bas-normand et de trésorier au niveau normand. Les autres militants ne comprennent pas. Ils se disent qu’ils ont de la main d’œuvre supplémentaire sur la ferme… Olivier ne voit pas les choses de cette manière. Pour lui, il faut au contraire passer plus de temps pour assurer la transmission.